S’exiler, la mort dans l’âme

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Triste, je le suis, en colère je le suis, indigné je le suis, à chaque fois que je vois ces corps d’immigrés échoués sur les plages italiennes. Aux alentours de Lampedusa, on assiste depuis des années au repêchage de corps d’hommes, de femmes et d’enfants venant pour la plupart d’Afrique et du Moyen orient. Depuis 2002, environ 3300 morts ont été recensés selon l’ONG United Against racism et ce sont loin d’être les chiffres exacts car dans ces naufrages, il y a beaucoup de disparus, engloutis par les eaux de la méditerranée. Mais à qui la faute ?

Aux migrants eux-mêmes ? Sachant le danger encouru, ils prennent tout de même ces bateaux de fortunes. Pourquoi prennent-ils le risque en embarquant avec eux femmes et enfants pour le chemin vers l’exil ? Pour vouloir tout quitter, leur famille, leur pays… ? Il ne peut y avoir que le désespoir de la vie qu’on mène au quotidien, de l’avenir incertain dans son propre pays qui y mène. C’est aussi se nourrir d’espoir que d’attendre une meilleure vie ailleurs, pour soi et pour sa famille qui pourrait nous pousser à vouloir tout abandonner. Si nous prenons l’exemple de l’Afrique d’où viennent la majorité de ces migrants, je ne dirai pas qu’il n’y a pas d’espoir sur le continent, mais c’est difficile de l’envisager pour certains car tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Aujourd’hui, l’Afrique aurait dû être un eldorado, bien sûr elle l’est, mais pour les grandes multinationales aux méthodes douteuses, qui raflent tous les gros contrats d’exploitation des ressources naturelles du continent (pétrole, gaz, fer, bauxite, diamant, uranium etc….), il suffit de verser un pot de vin aux cadres véreux et incompétents de l’administration qui ne se soucient guère des populations. Vous aurez des contrats qui valent des milliards pour une bouchée de pain ! Quand j’en parle, je suis submergé par la colère et l’incompréhension car l’Afrique a tout pour « décoller ». Sur ce continent, la jeunesse est abandonnée, elle accumule les diplômes mais s’éloigne de l’emploi. Aucune condition n’est créée pour favoriser l’encadrement des jeunes. Ces derniers sont censés représenter l’Afrique de demain, mais hélas !

L’accumulation de la dilapidation des ressources, de l’inexistence de l’Etat, de la corruption et ses corollaires, de la mal gouvernance, du manque d’infrastructures, poussent des milliers de jeunes et de familles à choisir le chemin de l’exil vers l’Europe, le lieu de l’espoir où l’on peut repartir à zéro pour forger son destin et mener une vie occidentale. Ces prétendants à l’exil savent que l’Europe n’est pas une passoire, mais une forteresse : ne rentre pas qui veut. Ainsi, au lieu de passer par les moyens légaux, qui de toutes les façons ne leur permettront jamais d’avoir un visa pour l’Europe ou pour l’Amérique (USA, Canada), les postulants à l’exil choisissent la clandestinité. Pour ceux qui viennent d’Afrique subsaharienne (Afrique de l’Ouest), ils traversent le désert du Sahara en faisant escale dans plusieurs pays avant d’élire domicile sur les côtes méditerranéennes, en Tunisie, en Lybie ou au Maroc.

Avant d’emprunter les bateaux ou pirogues de la mort, ces prétendants à l’exil vivent dans des conditions inhumaines, dans des camps de fortunes. Au Maroc par exemple, ils vivent reclus dans une forêt où ils sont le plus souvent tabassés et dépouillés par les passeurs (ceux à qui les immigrants paient des sommes pharaoniques pour embarquer dans des pirogues pour l’Europe…) ou par la police marocaine. S’ils se hasardent à aller en ville pour chercher de quoi manger, ils sont arrêtés et expulsés « manu militari » dans le désert. Il suffit d’aller sur Internet pour voir de nombreuses vidéos sur la vie des clandestins au Maroc et lorsqu’on voit cela, on ne peut être que révolté et indigné de ces traitements inhumains !

La question que l’on se pose en voyant tout cela est de savoir si l’Afrique n’est pas maudite par ses richesses ? En tout cas, jusqu’à preuve de contraire, aucun pays Africain n’a prouvé que ses richesses pourraient être un moyen de développement économique et social. C’est plutôt un moyen de conflit et de déchirement du tissu social (Le cas de la RDC est illustratif).

Revenons à Lampedusa, qui était ces dernières semaines sous les projecteurs des médias après un énième drame de migrants échoués sur les côtes italiennes : au moins 300 morts. Après cette grande émotion, la vie continue et je vous assure rien ne changera, les ONG, le Vatican et j’en passe ont beau prêcher pour que des dispositions soient prises afin d’éviter que ce type de drame ne se répète, je pense qu’ils continueront à prêcher dans le désert. Pour « s’attaquer » au problème de l’immigration, il faudra des solutions à la source c’est-à-dire dans les pays d’origines.

En ce qui concerne l’Afrique, le jour où les multinationales occidentales traiteront d’égal à égal avec les pays d’où ils tirent les ressources minières, le jour où il leur sera exigé de construire des industries pour la transformation des ressources sur place, le jour où tous les emplois perdus reviendront aux Africains, etc… ; alors l’immigration sera moindre.

Je finirai ces blablas avec la phrase d’un migrant Guinéen dans une forêt marocaine, interrogé par une télévision occidentale, il dit : « malgré la crise qui sévit, entre l’Europe et l’Afrique, c’est comme le paradis et l’enfer ». Cela en dit long sur l’espoir que tous ces gens nourrissent pour venir en Europe.

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