Quand la rareté d’accès à une aide amène les jeunes à marcher sur une corde raide !

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Mon accompagnement par l’Aide Sociale à l’Enfance était long et pourtant mon placement n’a duré que deux ans. Certains diront que dans une vie c’est peu, mais je pense que deux ans de placement en foyer représentent plus que ce que l’on peut croire.

Aujourd’hui, j’ai 23 ans et je suis maman. Je suis également éducatrice spécialisée. Le recul de mon expérience à deux versants, accompagnée et accompagnatrice, m’a beaucoup fait réfléchir et me questionne encore aujourd’hui. Il est vrai que de voir ma fille grandir me ramène à ma propre enfance. Le plus dur est de savoir qu’il n’y aura, sûrement jamais, de réponse à mes questions ; Et ce n’est pas faute d’en chercher.

La séparation de ma famille reste à ce jour la source de mes interrogations. Ma famille se compose de mes parents et mes sœurs. Le placement et le foyer, j’en entendais vaguement parler par l’éducatrice qui venait chez ma mère. L’idée que je m’en faisais se rapprochait de la colonie. Hélas je me suis trompée sur toute la ligne. Le foyer, c’est ne plus avoir ses repères (même bancales, j’y tenais), vivre en collectivité pour une durée assez longue, devoir partager sa chambre avec quelqu’un qu’on n’apprécie pas forcément etc … . Tout ce changement de vie, je n’y étais pas prête. Lorsque l’éducatrice me disait que j’allais quitter ma maison et ne plus voir ma mère tous les jours, je le comprenais. En revanche, ne plus voir mes sœurs, c’était la dernière des choses auxquelles je pensais. Certes, j’étais placée dans le même foyer que mes sœurs de même père et mère, mais nous n’étions pas avec les autres sœurs car nous n’avions pas le même père. Sur ce point là, il semblerait que la fratrie au sens ASE se joue sur la filiation parentale. Par contre les relations fraternelles, le fait que nous ayons toujours vécu ensemble, l’attachement réciproque, ne comptent pas quant au choix du placement.

A mon sens, la préparation au placement et la conservation de certains liens qui sont bénéfiques sont encore à travailler par les services de protection de l’enfance.

Après le placement, je suis revenue chez mon père. Rapidement, une fin de mesure a été prononcée. Peu de temps après, les relations avec mon père se sont dégradées et j’ai du re-solliciter l’ASE. J’ai l’impression qu’une fois de retour chez mon père, les services de protection de l’enfance ont vite expédié mon dossier et n’ont pas pris le temps d’évaluer réellement comment se passait ce retour. Avec plus de temps accordé à mon suivi les choses auraient pu tourner autrement. Je ne serais peut-être pas partie en catastrophe un soir, sans rien et sans savoir où aller. Finalement je me suis rendue chez une de mes sœurs.

J’ai bénéficié ensuite d’un contrat d’accompagnement jeune majeur. J’ai eu beaucoup de chance. Aujourd’hui, ce ne sont pas tous les jeunes qui quittent l’ASE et qui y retournent après leur majorité qui accèdent à ce droit (car c’en est un !!). Je le remarque bien autour de moi, dans mon milieu professionnel, personnel et associatif, ce qui ressort, c’est le paradoxe du profil d’un candidat au contrat jeune majeur. J’emploie le terme CANDIDAT, car dans la conjoncture actuelle pour prétendre à un accompagnement de la part de l’ASE après ses 18 ans, il porte tout son sens.

De nos jours, le jeune qui est en difficulté et sollicite une aide est un postulant. Ce dernier doit avoir un profil bien précis : avoir un bagage bien chargé, être déjà bien avancé dans son projet, être assez indépendant et prêt à voler de ses propres ailes car à 21 ans C’EST FINI !!!

Car oui, qu’on se le dise, bien qu’il soit un droit, le contrat d’accompagnement jeune majeur est en réalité devenu rare et donc pour y avoir accès mieux vaut être solidement préparé.

La contradiction est tout de même marquante : une aide pour les « pas trop mal en point ».

Pour ceux fragilisés psychologiquement, avec un parcours scolaire et professionnel affaibli qui n’arrivent pas à se projeter car la détresse est telle qu’il est difficile de penser au lendemain quand on n’y arrive déjà pas pour aujourd’hui ; Pour ceux qui ne se sont pas remis assez tôt d’une enfance pénible, qui n’ont pas de soutien dans leur environnement ; Pour ceux qui n’ont pas pris conscience que le système actuel veut des adultes de 21 ans indépendants sur tous les plans (familial, financier, social, professionnel …).

Et bien pour tous ceux-là c’est la galère au quotidien.

Soyons réalistes, le système de la protection de l’enfance de 2013 attend que les jeunes fassent tout avec rien ou presque. Que ceux ayant connu un parcours douloureux deviennent extraordinaires, en étant des adultes matures et autonomes dès 18 ans et obligatoirement avant 21 ans.

Toutes les statistiques sont convergentes, les jeunes gens vivent de plus en plus tard chez leurs parents. En moyenne en France, l’âge du départ du cocon familial est de 25 ans et tend à se rallonger. N’est-il pas paradoxal que l’on attende une plus grande maturité et une meilleure autonomie de jeunes gens entre 18 et 21 ans ayant eu à assumer des carences familiales dont ils ne portent aucune responsabilité, dès 18 ans que de ceux qui n’ont pas eu à subir ce parcours chaotique ? Il y a encore peu de temps, j’entendais une collègue dire : « L’Aide Sociale à l’Enfance, jusqu’à 21 ans, voire même après 18 ans, c’est fini !».

Aujourd’hui, ce que je réclame pour tous les jeunes issus de la protection de l’enfance c’est une égalité des chances à la réussite !!

Celle-ci peut passer par plusieurs axes :

L’augmentation de la durée du contrat d’accompagnement jeune majeur, des transitions vers le droit commun plus soutenues, la création de dispositifs adaptés quand le droit commun ne l’est pas, la préparation et l’accès à l’insertion sociale sur des bases équitables, concrètes et solides, au logement et à l’emploi ou à une formation rémunérée, le soutien aux études supérieures. Certaines associations d’Entraide aux Personnes Accueillies en Protection de l’Enfance, assurent un soutien quand l’ASE ne le fait plus, mais les moyens accordés ne permettent pas d’assurer un accompagnement pour tous les jeunes qui en ont besoin.

A Essor 93, le service insertion voit sa liste d’attente pour un premier rendez-vous s’allonger, quant au pôle hébergement, il ne peut donner de réponse favorable à tous ceux qui espèrent un toit.

Le 23 janvier dernier à Grenoble, François HOLLANDE disait : “En faisant confiance à la jeunesse, la France assurera sa propre réussite”.

Ceux accueillis à l’ASE ne méritent-ils pas cette confiance ?

Accorder sa confiance c’est un premier pas ; désormais, je pense qu’il faut donner les moyens aux jeunes fragilisés pour que leur réussite se concrétise.

 

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